A la lecture de ce très intéressant texte voici diverses réflexions.
Je suis totalement en accord lorsque tu écris que les démarches motivationnelles sont issues du processus cognitif du responsable d’entreprise…..en fait c’est vraiment le concept même « tarte à la crème ».
En effet la plupart des salariés n’attendent qu’une chose (en dehors de la rémunération pour certains et à certains moment de l’année) c’est de l’autonomie, de la considération du savoir faire professionnel (et surtout pas du faire savoir qui est le grand gagnant actuellement dans nos entreprises) pour être motivés et surtout recréer une cohésion identitaire autour de l’entreprise…Or comme bien souvent par effet naturel de non-dit et de distanciation, irréversible selon moi, entre les employés et l’encadrement, entre l’encadrement et la direction…..les responsables d’entreprises ne sont plus à même de prendre en compte ces différents paramètres et sont souvent dans une fausse réalité de leur entreprise (ou de l’entreprise qu’ils dirigent) qui les amène à utiliser des démarches motivationnelles….une fausse réponse à un vrai problème structurant….
Là ou je ne suis pas d’accord (c’est surement mes voyages dans des pays où subsistent de vrai camarades qui prônent la révolution prolétarienne ;)) c’est dans l’analyse que tu fais de l’assertion « je n’ai pas besoin ou envie d’être motivé….. ». En fait le raisonnement du salarié (peut être est ce uniquement le cas dans les grandes entreprises) ne me semble pas celui-ci. Le salarié a bien compris depuis quelques années et le changement s’est accéléré ces 3-4 dernières années qu’il n’est plus un atout pour l’entreprise mais une ressource. Globalement on prend en compte de moins en moins son avis (question de la « tsarisation » grandissante de la direction des grandes entreprises).
Le salarié ne se sent pas bien dans son travail mais se rend compte qu’au lieu de faire confiance à son savoir faire professionnel, à son envie créatrice, à sa volonté d’engagement, on l’infantilise de plus en plus avec effectivement des normes, des règles, des contrôles de plus en plus pesants et surtout de plus en plus technocratiques et non commerciaux …de tout cela le salarié sent bien que l’entreprise le relègue à un opérateur intellectuel au plus….Et lorsque ce même salarié se voit missionné pour effectuer un programme de motivation, il se sent encore plus incompris puisqu’en fait il n’attend que quelques modifications comportementales de la part de l’encadrement, de la direction pour pouvoir montrer sa motivation mais la structuration organisationnelle et managériale l’en empêche dans la plupart des cas….en résumé on ne fait plus appel à ce que l’homme a de plus grand en lui, sa capacité à se dépasser, sa force créatrice et son envie de se réaliser.
Bref les programmes de motivation sont une infantilisation massive de l’homo-economicus.
En ce qui concerne les normes, règles…je suis parfaitement d’accord avec toi pour dire que l’on tente depuis une décennie de mettre en place une réponse global à des problèmes locaux….la mise en place de normes, de règles revient à nier la spécificité du client et surtout à aller à l’encontre des discours et des politiques de communication de nos entreprises. Comment peut-on imaginer mettre en place des process uniformisés pour traiter des clients de plus en plus hétérogènes et surtout de plus en plus en attente d’une singularisation de leur relation avec l’entreprise. Ces process, ces règles représentent une victoire du principe de précaution appliqué dans nos entreprises. Et induit encore une fois une aliénation cognitive des collaborateurs.
Finalement … je pense que seule la motivation individuelle doit être prise en compte car la motivation collective est un concept qui s’étiole progressivement (de la même manière que l’appartenance à une communauté, au respect des biens communs, des règles communes de vie sont en phase de délitement). L’entreprise ne peut plus jouer sur l’idée d’appartenance des collaborateurs, car elle ne peut pas se battre contre cet individualisme sociétal grandissant nonobstant le fait que par ses erreurs passées elle a également participé à ce phénomène.
Et moi aussi je finirais par une citation…celle de Jean Cocteau dans « Les mariés de la tour Eiffel » qui pourrait me semble-t-il être repris par bon nombre d’acteurs de l’entreprise « Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur ».
Jean-michel Schall – 28 Juin 2010
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